Les techniques
Le bronze à la cire perdue

« Sculpte, tu seras unique » - Gala

Implication directe et indirecte de Dalí

Les sculptures en bronze constituent un des aspects majeurs de l’œuvre de Dalí. Son génie créatif se manifeste à travers la tridimensionnalité, qui donne forme à ses images surréalistes fétiches. Cette passion et ce formidable désir d’expression l’ont animé de 1934 à 1987. La collection de sculptures exposée met en lumière l’imagerie du maître catalan et une dimension peu connue de son œuvre. Chacune de ses sculptures réalisées « à la cire perdue », de l’Éléphant spatial à La Persistance de la mémoire, est une émanation de ses thèmes et images de prédilection.

« Salvador Dalí a souvent déclaré qu’il ne se considérait pas comme un sculpteur bien qu’il ait étudié la sculpture à Madrid et qu’il fût capable de sculpter comme n’importe lequel de ses contemporains. Il nous a affirmé que sa spécialité était en réalité la “transformation”. Il a toujours insisté sur le fait que l’IDÉE – l’idée surréaliste – de la vision de choses nouvelles, en particulier dans des objets étranges, rendait unique son œuvre en trois dimensions. L’implication de Dalí dans la Troisième Dimension est par conséquent la preuve vivante et irréfutable qu’il était toujours en avance sur son temps. Ses œuvres en trois dimensions, quelle que soit la manière dont elles ont été produites (…), sont la démonstration de ce que les idées importent autant dans l’art que la réalisation elle-même. » - A. Reynolds Morse, fondateur et ancien président de la Fondation Salvador Dalí, basée en Floride, décrit l’engagement initial de Dalí dans la création d’œuvres en trois dimensions dans son texte intitulé Les dimensions du surréalisme.

Dans son célèbre article intitulé Hommage à l’objet paru en 1936 dans les Cahiers d’Art, Dalí a lui-même écrit : « L’objet surréaliste n’est pas pratique, il ne sert à rien à part attendrir les hommes, les épuiser, les abêtir. L’objet surréaliste n’a d’autre but que l’honneur de la pensée ».

L’implication directe de Dalí dans la sculpture commence par une idée, une image et une maquette originale qu’il réalise comme base de sa sculpture.

La maquette peut être réalisée à l’aide de cire ou prendre la forme d’un croquis ou d’une gouache. Dalí créait spécialement ses maquettes originales pour ses sculptures, donnait des instructions précises quant à leur réalisation, puis confirmait son accord pour l’exécution de la version finale.

Des artisans professionnels spécialisés dans la fonderie d’art étaient chargés de créer le moule, de couler le bronze, et d’appliquer la patine, en vue de réaliser la sculpture finie de Dalí.

Les étapes de la technique à la cire perdue

1. Empreinte du modèle

La maquette en argile est enveloppée d’une couche de matériel souple, capable de se figer tout en conservant son élasticité, tel que la pâte à modeler ; cette qualité permet de ne pas altérer le modèle lors du démoulage. Puis l’ensemble est recouvert de plâtre. Les modèles de grande dimension sont traités en plusieurs morceaux.

2. Première épreuve en cire

La pâte à modeler est ensuite remplacée par de la silicone liquide qui, en durcissant, produit un moule de la maquette. La cire est coulée dans le moule pour créer un positif identique à la maquette initiale, creux à l’intérieur, grâce à du plâtre réfractaire versé au cœur du modèle. La cire refroidit et durcit.

3. Construction du système des canaux

Le moule est cassé et on insère dans cette matrice de cire des canaux en plastique par lesquels la cire s’écoulera lors de l’étape de cuisson.

4. Forme de fusion en matériel réfractaire

L’ensemble est recouvert d’une enveloppe de terre réfractaire, composée de sable et de céramique, résistant à haute température, et déposé dans un four. Pendant la cuisson qui dure de 8 à 15 jours, le matériau durcit, la cire s’écoule par les tuyaux : elle sera donc « perdue », d’où le nom de la technique « à la cire perdue ». Le vide ainsi crée sera remplacé par le bronze liquide.

5. La pièce en bronze brute

Après refroidissement, le moule est cassé pour faire sortir la pièce en bronze. Elle sera ensuite nettoyée, les canaux, maintenant en bronze, coupés, puis la sculpture polie et patinée.